« Depuis les “Macron Leaks” en 2017, toutes les élections en France ont fait l’objet de tentatives de fausser le résultat. Toutes ! » Sous couvert d’anonymat, une agente de l’État chargée de lutter contre les ingérences étrangères conclut ainsi notre entretien. Il y a quelques mois, la France a formellement attribué au renseignement militaire russe la paternité des « Macron Leaks », ce piratage de près de 22 000 courriels de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron lors de la présidentielle de 2017.
Alors que les électrices et électeurs français seront de nouveau appelés aux urnes pour des élections municipales les 15 et 22 mars 2026, Mediapart a enquêté sur les différentes ingérences survenues lors des scrutins précédents. Certains cas étaient déjà connus, d’autres sont révélés aujourd’hui.
Avec une constante : que ces actions qui visent à déstabiliser le processus démocratique soient liées à des réseaux opérant depuis la Russie ou depuis la Chine, elles bénéficient dans leur écrasante majorité à un acteur politique : le Rassemblement national (RN). Si rien ne permet d’affirmer que le parti d’extrême droite est le commanditaire de ces ingérences étrangères, leur narratif a presque toujours pour particularité de servir ses intérêts. Contacté, le RN n’a pas répondu à nos sollicitations.
En 2024, Viginum, le service de vigilance contre les ingérences numériques étrangères français, avait identifié vingt-cinq tentatives d’ingérence lors des élections européennes et des législatives anticipées : quatorze pour les premières, onze pour les secondes (fruit de la dissolution surprise décidée par Emmanuel Macron).
Pour pouvoir établir qu’une vague de publications sur les réseaux sociaux a été lancée de l’étranger et amplifiée de manière « inauthentique » (c’est-à-dire de manière automatisée, par exemple par des fermes à trolls) et relève de « l’ingérence numérique étrangère », Viginum se plie à un protocole strict incluant des analyses techniques poussées – voir par exemple le rapport de l’agence sur le réseau Storm-1516, outil d’influence lié au pouvoir russe.
Mediapart a, par le passé, pu confirmer de manière indépendante que des comptes identifiés comme problématiques par Viginum étaient effectivement des bots servant les intérêts étrangers, le plus souvent russes.