Poésie

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En est-il donc deux dans Grenade
Qui pleurent sur ton seul péché
Ici l’on jette la grenade
Qui se change en un œuf coché

Puisqu’il en naît des coqs Infante
Entends-les chanter leurs dédains
Et que la grenade est touchante
Dans nos effroyables jardins


Guillaume Apollinaire
Les Grenadines repentantes
Calligrammes
Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916)

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submitted 6 days ago* (last edited 6 days ago) by oeil@jlai.lu to c/poesie@jlai.lu
 
 

Je reviens rassasiée
m'attabler à la cantine
des mots de la mère
je cède le salé
au rempailleur de souvenirs
le sucré à la migraine

Souad Labbize, dans Enfiler la chemise de l'aïeule

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Textes d'avril (piefed.blahaj.zone)
submitted 1 month ago by troot@piefed.blahaj.zone to c/poesie@jlai.lu
 
 

Pour le glopowrimo je posterai ici mes textes que je veux bien poster. Je suis toujours OK pour la critique, même négative, et ne crois pas qu'il faille connaître ni "maîtriser" un art pour donner son avis dessus, sinon ce serait super chiant les conversations chaque fois qu'on regarde un film. J'écris des trucs déprimants et, de temps en temps, hyper cons, comme ça vous savez.

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En avril se tient le NaPoWriMo pour National Poetry Month et, comme c'est un peu idiot quand on n'est pas du pays en question (États-Unis & Canada), ça s'appelle aussi GloPoWriMo pour Global Poetry Month.

C'est un défi d'écriture qui consiste à écrire (eh oui) un poème par jour pendant le mois d'avril . C'est tout. C'est déjà pas mal.

Il y a un site (en anglais) NaPoWriMo qui donne des petits prompts chaque jour si on n'a pas d'idées.

S'il y en a qui ont envie de tenter le truc, en entier ou juste un peu, qui veulent en profiter pour corriger ces quelques poèmes qui traînent là, ça peut être l'occasion!

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lorsqu’un homme me touche
je peux me souvenir de toutes celles qu’il a traversées
j’en ai les chemins sinueux en mémoire

lorsqu’un homme me touche
je peux sentir les cellules et ma chair s’entremêler
non pas avec celui qui me saisit
mais avec toutes celles qui m’ont précédée
je les incarne

lorsqu’un homme me touche
je suis toutes les femmes de sa vie
sauf moi

ses gestes me paraissent fabriqués de toutes pièces
par ses expériences passées
il parcourt mon corps avec le mode d’emploi d’une autre
rien n’est fait pour moi seule
rien ne s’emboîte dans notre jeu absurde
je ne suis plus que le réceptacle d’une pulsion
d’un élan à désamorcer vite

dès lors qu’il me force à le toucher
c’est qu’il n’a pas besoin de moi
je ne suis que l’outil il en choisit l’usage
il délaisse ma propre façon de lui donner du plaisir
et ordonne uniquement l’exécution immédiate de la somme de tous les moyens exécutoires qu’il connaît déjà
et il voudrait que je répète
comme on apprend une leçon
ou qu’on récite un poème par cœur

si je lui refuse mon sexe
j’ai déjà refusé
si j’interdis
j’ai déjà interdit

s’il réclame ma main ou ma bouche
il ne fait que confirmer mon état de gadget
et crachant sur mon nom se retrouve encombré
de ma présence
accessoire usagé à présent inutile dans un coin de la pièce
qui refuse de le soulager lorsqu’il pourrait
le faire lui-même
s’il se trouvait enfin seul

je ne ferai plus l’amour qu’avec des hommes qui m’y laissent une place
ou bien je ne laisserai plus la place qu’à l’amour des femmes
ou bien il n’y aura plus
de place
ou bien je ne ferai plus
l’amour
qu’importe


Suzanne Rault-Balet, dans Des frelons dans le cœur

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pourquoi se faire aller le globe
c’est jamais mieux ailleurs

j’ai pourtant d’la chance du bois cordé
du cannage des bouts de chandelles
des allumettes des briquets
enfin ma propre tanière

mais je ronge mon frein quand même
dans l’antre des murènes
je fomente sans répit
des plans d’évasion

j’ai toujours envie de m’en aller
telles mes amies d’eau vive
ondines
fées furtives
jamais attrapées

pour ne plus fuir
faut-il se barbeler

__
Gabrielle Filteau-Chiba dans La forêt barbelée

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submitted 4 months ago* (last edited 3 months ago) by RelativityRanger@jlai.lu to c/poesie@jlai.lu
 
 

La poésie contemporaine ne chante plus elle rampe.
Elle a cependant le privilège de la distinction
Elle ne fréquente pas les mots mal famés elle les ignore.
On ne prend les mots qu'avec des gants : à « menstruel » on préfère périodique »,
Et l'on va répétant qu'il est des termes médicaux
qu'il ne faut pas sortir du laboratoire et du codex.
Le snobisme scolaire qui consiste, en poésie, à n'employer que certains mots déterminés,
à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques,
me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain.
Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse.
Ce n'est pas le mot qui fait la poésie mais la poésie qui illustre le mot.
Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir sils ont leur compte de pieds,
ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes.
Le poète d'aujourdhui doit être d'une caste, d'un parti ou du « Tout Paris ».
Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé.
La poésie est une clameur. Elle doit être entendue comme la musique.
Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée dans sa typographie n'est pas finie.
Elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale
tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche.
L'embrigadement est un signe des temps. De notre temps.
Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes.
Les sociétés littéraires c'est encore la Société.
La pensée mise en commun est une pensée commune.
Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes.
Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes.
Ravel avait dans la tête une tumeur qui lui suça d'un coup toute sa musique.
Beethoven était sourd. Il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok.
Rutebeuf avait faim. Villon volait pour manger. Tout le monde sen fout.
L'Art n'est pas un bureau d'anthropométrie.
La Lumière ne se fait que sur les tombes.
Nous vivons une époque épique et nous n'avons plus rien dépique.
La musique se vend comme le savon à barbe.
Pour que le désespoir même se vende il ne nous reste qu'à en trouver la formule.
Tout est prêt : les capitaux, la publicité, la clientèle.
Qui donc inventera le désespoir ?
Avec nos avions qui dament le pion au soleil.
Avec nos magnétophones qui se souviennent de ces « voix qui se sont tues »,
avec nos âmes en rade au milieu des rues,
nous sommes bord du vide, ficelés dans nos paquets de viande
à regarder passer les révolutions.
N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la Morale,
c'est que c'est toujours la Morale des Autres.
Les plus beaux chants sont des chants de revendication.
Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations.
A l'école de la poésie, on n'apprend pas. ON SE BAT !

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submitted 5 months ago* (last edited 5 months ago) by RelativityRanger@jlai.lu to c/poesie@jlai.lu
 
 

Quand les hommes descendaient des faubourgs
et que Place de la République
le flot noir se formait comme un poing qui se ferme
les boutiques portaient les volets à leurs yeux
pour ne pas voir passer l'éclair
Je me souviens du Premier Mai mille neuf cents sept
quand régnait la terreur dans les salons dorés
On avait interdit aux enfants d'aller à l'école
dans cette banlieue occidentale où ne parvenait qu'affaibli
l'écho lointain de la colère
Je me souviens de la manifestation Ferrer
quand sur l'ambassade espagnole s'écrasa
la fleur d'encre de l'infamie
Paris il n'y a pas si longtemps
que tu as vu le cortège fait à Jaures
et le torrent Sacco - Vanzetti
Paris tes carrefours frémissent encore de toutes les narines
Tes pavés sont toujours prêts à jaillir en l'air
Tes arbres à barrer la route aux soldats
Retourne-toi grand corps appellé
Belleville
Ohé Belleville et toi Saint-Denis
où les rois sont prisonniers des rouges
Ivry Javel et Malakoff
Appelle-les tous avec leurs outils
les enfants galopeurs apportant les nouvelles
Les femmes au chignon alourdi les hommes
qui sortent du travail comme d'un rêve
le pied encore chancelant mais les yeux clairs
Il y a toujours des armuriers dans la ville
des autos aux portes des bourgeois
Pliez les réverbères comme des fétus de paille
faites valser les kiosques les bancs les fontaines Valace
Descendez les flics
Camarades
Descendez les flics
Plus loin plus loin vers l'ouest où ils dorment
Les enfants riches et les putains de première classe
Dépasse La Madeleine Prolétariat
que ta fureur balaie l'Elysée
Tu as bien droit au Bois de Boulogne en semaine
Un jour tu feras sauter l'Arc de Triomphe
Prolétariat connais ta force
Connais ta force et déchaîne-la
Il prépare son jour il attend son heure
sa minute la seconde
où le coup porté sera mortel
et la balle à ce point sûre que tous les médecins social-fascistes penchés sur le corps de la victime
auront beau promener leurs doigts chercheurs sous la chemise de dentelles
ausculter avec des appareils de précision son coeur déjà
pourrisant
ils ne trouveront pas le remède habituel
et tomberont aux mains des émeutiers qui les colleront au mur
Feu sur Léon Blum
Feu sur Boncour Frossard Déat
Feu sur les ours savants de la social-démocratie
Feu Feu j'entends passer
la mort qui se jette sur Garchery Feu vous dis-je
Sous la conduite du Parti Communiste
SFIC
vous attendez le doigt sur la gachette
Feu
mais Lénine
le Lénine du juste moment

De Clairvaux s'élève une voix qu rien n'arrête
C'est le journal parlé
la chanson du mur
la vérité révolutionnaire en marche
Salut à Marty le glorieux mutin de la Mer Noire
Il sera libre encore ce symbole inutilement enfermé
Yen-Bay
Quel est ce vocable qui rappelle qu'on ne baillonne
pas un peuble qu'on ne le
mâte pas avec le sabre courbe du bourreau
Yen-Bay
A vous frères jaunes ce serment
Pour chaque goutte de votre vie
coulera le sang d'un Varenne

Écoutez le cri des Syriens tués à coups de fléchettes
par les aviateurs de la troisième République
Entendez les hurlements des Marocains morts
sans qu'on ait mentionné leur âge ni leur sexe

Ceux qui attendent les dents serrées
d'exercer enfin leur vengeance
sifflent un air qui en dit long
un air un air UR
SS un air joyeux come le fer SS
SR un air brûlant c'est l'espérance c'est l'air SSSR c'est la chanson c'est la chanson d'Octobre aux fruits éclatants
Sifflez sifflez SSSR SSSR la patience
n'aura qu'un temps SSSR SSSR SSSR

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Ouverture de la trappe
Lumière crue

la télévision parle
des yeux partout
les esprits de la vue

et j’ai si peur maintenant

je vois des choses
j’entends des choses
je ne sais pas qui je suis

langue pendante
pensée bloquée

le froissement de mon esprit

Où je commence
Où j’arrête
Comment je commence ?
(Puisque j’entends continuer)

Comment j’arrête ?
Comment j’arrête ?
Comment j’arrête ?
Comment j’arrête ? Une dose de souffrance
Comment j’arrête ? Qui me déchire les poumons
Comment j’arrête ? Une dose de mort
Comment j’arrête ? Qui me tord le cœur

Je vais mourir
pas encore
mais c’est là

S’il vous plaît…
L’argent…
La femme…

Tout acte est un symbole
dont le poids m’écrase

Une ligne en pointillés sur la gorge
À DÉCOUPER

NE LAISSEZ PAS ÇA ME TUER
ÇA VA ME TUER ET M’ÉCRASER ET
M’ENVOYER EN ENFER

Je vous supplie de me sauver de la folie qui me dévore
une mort hypo-volontaire

Je pensais que ne parlerai plus jamais
mais maintenant je sais qu’il y a plus noir que le désir
peut-être que ça va me sauver
peut-être que ça va me tuer

un sifflement sinistre c’est le cri de la détresse qui tournoie dans la cuvette infernale du plafond de mon esprit

une couche de cafards

arrêtez cette guerre

Mes cuisses sont vides
Rien à dire
Et c’est là le rythme de la folie


Sarah Kane, dans 4.48 Psychose

Il y a pas mal d'erreurs de mise en forme parce que le markdown est assez restrictif, mais c'est probablement un texte qui s'écoute de toute façon alors je ne pense pas que ce soit très important.

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Comme le ciel pénétré
Le corps s’éveille
Son éclair

Chair ouragan
Le souffle en fuite
La carcasse ébahie
Aux yeux écartelés par le blast
L’Impuissance

On a planté ton corps du métal de la médecine
Et tes membres portent le poids massif de la béquille

La béquille ne permet pas de marcher

Elle désigne les Incapables


Luz Volckmann, dans Aller la rivière

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Celui qui regarde la neige nouvelle
par une fenêtre de chambre
où il dort seul
celui-là reste une minute de plus
l’œil ouvert émerveillé
la neige est revenue elle a tout recouvert
le jardin la colline et même ce qui fut jadis
la maison de son père
il a appris dans l’enfance
le langage de l’hiver.

Celle qui tient dans la rue par le bras son mari
il perd l’usage de ses jambes, elles tremblent
de froid et d’une vieille maladie
il titube parce qu’il ne veut pas que sa femme
devienne son infirmière
il dit des choses tristes
et dures
que les passants appellent « des choses grossières ».

Celui et celle liés par le sang de l’enfance
ils vont ensemble chez le notaire
la maison au bout d’une impasse est presque belle
pour eux cet endroit c’est une première
on leur dit qu’à présent ils sont adultes
il faut choisir entre recevoir les responsabilités
de leurs parents
ou refuser d’être pour la banque, les voisins et les impôts
de véritables descendants
ils ne comprennent rien au langage des clercs.

Celle qui prend des médicaments pour aller travailler
celui qui prend des médicaments parce qu’il a trop travaillé
celle qui prend des médicaments parce qu’elle aimerait bien travailler
celui qui prend des médicaments parce qu’il ne sera jamais en mesure de travailler
vous n’avez que ce mot à la bouche à la jambe à la tête
mais a déjà vraiment travaillé
sur soi-même ?
Qui comprend le langage de son corps
la pensée de son ventre, les revendications de son dos
le style de son souffle et l’hémistiche de son cœur ?
Qui comprend les mots de sa poitrine,
la grammaire de son cou, les liaisons de ses épaules,
qui connaît la musique de ses mouvements
qui est capable de conjuguer le rythme de son âme
avec celui de ses diplômes ?
Je veux apprendre à ne plus apprendre comme avant.

Cécile Coulon, dans Retrouver la douceur

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J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,
Parce qu’on les hait ;
Et que rien n’exauce et que tout châtie
Leur morne souhait ;

Parce qu’elles sont maudites, chétives,
Noirs êtres rampants ;
Parce qu’elles sont les tristes captives
De leur guet-apens ;

Parce qu’elles sont prises dans leur œuvre ;
Ô sort ! fatals nœuds !
Parce que l’ortie est une couleuvre,
L’araignée un gueux ;

Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,
Parce qu’on les fuit,
Parce qu’elles sont toutes deux victimes
De la sombre nuit.

Passants, faites grâce à la plante obscure,
Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
Oh ! plaignez le mal !

Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ;
Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie
De les écraser,

Pour peu qu’on leur jette un œil moins superbe,
Tout bas, loin du jour,
La vilaine bête et la mauvaise herbe
Murmurent : Amour !

Juillet 1842.


Dessin : Vianden à travers une toile d'araignée
Victor Hugo (1802-1885), dessinateur.
Plume, encres brune et violette et lavis, crayon de graphite, aquarelle, grattages, sur un feuillet d'album
Paris, Maison de Victor Hugo, MVHP D 0083

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Retirez-moi tout
Retirez cette peau
Retirez cette tête
Retirez ces nerfs
Retirez ce ventre
Retirez ce sexe
Retirez ces jambes
Retirez cette poitrine
Retirez-moi tout
Faites-moi peau neuve
Faites-moi nouveau mouvement
Faites-moi nouvel étonnement
Donnez-moi l’amour des choses simples
Retirez les points d’interrogation
Retirez les points de suspension
Qui s’accrochent à mes entrailles
Retirez-moi tout
Retirez-moi cette tumeur
Retirez-moi cette pourriture
Qu’on appelle existence
Retirez-moi la possibilité de choisir
Retirez-moi tout
Retirez-moi cet esprit
Faites de moi femme neuve
Faites de moi simple réception
Faites de moi satisfaite
Faites de moi heureuse
Faites de moi jouissante
Retirez-moi l’idée
De l’idée
De l’idée
De l’idée
Retirez-moi les souvenirs
Retirez-moi la culpabilité
Étirez cette peau
Vous pouvez la vendre aux enchères
Retirez-moi les yeux pour
Que je ne me retourne pas
Retirez-moi le dos
Pour que je ne voie pas
Rapetissez cette taille
Je prends trop de place même quand je croise mes jambes
Ou quand je me plie en quatre
Donnez-moi le dynamisme et l’attention
Donnez-moi le sourire et l’inquiétude
Donnez-moi le dévouement et le silence
Arrachez mes cordes vocales
Brûlez ma respiration
Afin qu’elle soit lente et douce
Comme le murmure de l’eau sous une pleine lune
Retirez ma chair
Faites de moi invisible
Afin que je vous tue
Un par un

Joyce Rivière dans votre monde entre cendres

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submitted 8 months ago* (last edited 8 months ago) by RelativityRanger@jlai.lu to c/poesie@jlai.lu
 
 

Le feu réveille la forêt
Les troncs les cœurs les mains les feuilles
Le bonheur en un seul bouquet
Confus léger fondant sucré
C’est toute une forêt d’amis
Qui s’assemble aux fontaines vertes
Du bon soleil de bois flambant

Garcia Lorca a été mis à mort

Maison d’une seule parole
Et des lèvres unies pour vivre
Un tout petit enfant sans larmes
Dans ses prunelles d’eau perdue
La lumière de l’avenir
Goutte à goutte elle comble l’homme
Jusqu’aux paupières transparentes

Saint-Pol Roux a été mis à mort
Sa fille a été suppliciée

Ville glacée d’angles semblables
Où je rêve de fruits en fleur
Du ciel entier et de la terre
Comme à de vierges découvertes
Dans un jeu qui n’en finit pas
Pierres fanées murs sans écho
Je vous évite d’un sourire

Decour a été mis à mort

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submitted 8 months ago* (last edited 8 months ago) by truite@jlai.lu to c/poesie@jlai.lu
 
 

Lisez-vous, écoutez-vous, regardez-vous (ou encore autre chose) de la poésie? Et si oui, c'est quoi qui vous plaît, c'est quoi qui vous déplaît? Si vous en écrivez, pourquoi vous en lisez ou n'en lisez pas?

Je crois qu'éditorialement ça marche un petit mieux ces dernières années et quelques personnes ici ont discuté poésie avec moi.

Je ne définis pas, déjà parce que ça prendrait des plombes, et surtout parce que je m'en branle.

EDIT: j'ai ajouté des modes d'accueil de poésie parce que Snoopy a raison, la poésie, ça s'écoute, ça se regarde et tout de même, l'oralité est une de ses origines.

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publication croisée depuis : https://sh.itjust.works/post/44093155

La Cigale ayant vécu tout l'été sans souci,

Voyageait en avion vers Miami,

Roulait en SUV par la ville,

Consumait sans répit plastique et pétrole utile.

Elle vivait dans l'instant présent,

Ignorant superbement

Les alertes des scientifiques patients :

"Le climat se réchauffe dangereusement !"

Pendant ce temps, sa voisine la Fourmi

Travaillait jour et nuit,

Isolait sa maison avec soin,

Prenait le vélo matin et soir,

Triait ses déchets avec espoir,

Mangeait local, réduisait ses besoins.

"Pourquoi te priver ainsi ?" riait la Cigale,

"La vie est si banale

Quand on refuse de voyager !

Moi je vis sans me priver,

L'avenir ? Il faut bien en profiter !"

La Fourmi, sage et prévoyante,

Répondait d'une voix inquiétante :

"Tes excès d'aujourd'hui,

Cigale, nous coûteront demain la vie."

Mais l'autre insouciante poursuivait sa route,

Consumant sans écoute,

Multipliant les vols transatlantiques,

Les achats en plastique,

Les plaisirs énergétiques.

Quand les tempêtes furent venues,

Les canicules inattendues,

La Cigale chercha refuge

Chez la Fourmi, après le déluge.

"Ma maison s'est écroulée,

Mes biens ont été emportés,

Peux-tu m'aider, voisine ?

Car la catastrophe s'obstine."

La Fourmi, le cœur serré,

Dut alors avouer :

"Hélas ! Cigale imprudente,

Malgré ma vie si différente,

Malgré tous mes efforts constants,

Tes excès d'insouciante

M'emportent dans la tourmente.

Car nous partageons le même ciel,

La même terre, le même miel.

Ton carbone dans l'atmosphère

A réchauffé notre planète entière.

Mes économies, mes privations,

N'ont pu compenser tes émissions.

Nous voici toutes deux punies :

Toi de ton insouciance,

Moi de ton inconséquence."

Et c'est ainsi que la morale

De cette fable nous égale :

Dans un monde interconnecté,

Les excès de quelques-uns

Condamnent tous les autres, chacun.

Car le climat ne connaît frontière,

Et nos destins sur cette Terre

Sont liés pour le meilleur et le pire :

L'égoïsme de l'un fait l'autre mourir.

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Etoiles poussières de flammes
En août qui tombez sur le sol
Tout le ciel cette nuit proclame
L’hécatombe des rossignols
Mais que sait l’univers du drame ?


Extrait du recueil Les Poètes de Louis Aragon

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parfois on m’éjecte
de l’instant
ce sont les mots des autres
qui ont ce pouvoir-là
celui de me sortir
des gonds du présent
de m’encoquiller
le pouvoir de
me faire me cacher
sous un parterre de euh

je cherche à me relier j’ai les mots
et un corps

ce qui peut faire sens

Miel Pagès, dans Les sublimations

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Rita (jlai.lu)
submitted 9 months ago* (last edited 9 months ago) by ortaviz@jlai.lu to c/poesie@jlai.lu
 
 

Empilé sur les voisins
j'ai plein de superstitions,
serrure trois points

Heureux les poumons
gonflés, remplis,
jusqu'au bas ventre

Le monde est couvert
de bac acier
Pour me déporter
d'entre les murs
je ferais n'importe quoi

même prier
25 fois
Rita de l'impossible.

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submitted 10 months ago* (last edited 10 months ago) by truite@jlai.lu to c/poesie@jlai.lu
 
 

Je célèbre l’armoise,
le chêne de broussailles, le pin gris, le genièvre,
les méprisés, les réprouvés,
acceptés de mauvais gré
car rien d’autre ne pousse ici.

Ils sont ceux qui ne lâchent rien,
ils n’ornent pas nos jardins,
ne seront ni meubles ni repas,
combustibles avec parcimonie
car rien d’autre ne pousse ici.

À eux l’austère hardiesse
de pousser sur la serpentine et le gravier,
nulle eau que celle qu’on vole
à celui d’à côté si bien
que rien d’autre ne pousse ici.

Je célèbre la tige noueuse et cassante,
l’âcre feuillage gris-vert et l’aiguille écailleuse
le cône empesé, la baie amère, le bourgeon minuscule,
et l’odeur grandiose et rance de l’urine de chat
puisque que rien d’autre ne pousse ici.

Citoyens d’une terre rude, toxique même,
asociaux, indociles et opiniâtres ;
ils ne partagent pas mais habillent malgré tout
de vie un sol nu et pauvre,
en poussant où rien d’autre ne pousse, ici.

Ursula K. Le Guin dans Derniers poèmes ("En fin de journée (2010-2014)"), traduit par Aurélie Thiria-Meulemans

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Compresses (jlai.lu)
submitted 10 months ago* (last edited 10 months ago) by ortaviz@jlai.lu to c/poesie@jlai.lu
 
 

Parler de soi
est l'occupation,
dans l'économie de
la réputation
où les tons des palettes
superposent en compresses
Des litres de grumeaux
sous des tonnes de tendresse

Souvent je me demande
que faut-il faire
pour retrouver au corps
le goût profond
tenace
des souvenirs,
arrière-goût
qui ne s'efface,
baiser soyeux gravé dans la mousse de

mes entrailles.

23
 
 

Qui
nous remerciera
nous
peuple de parias
d'avoir tu nos peines
et dans un coffre d'aéroport
plié nos langues exubérantes
l'adresse d'un cimetière
pour le voyage du retour

Qui

_

Souad Labbize, dans Je franchis les barbelés

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submitted 10 months ago* (last edited 10 months ago) by truite@jlai.lu to c/poesie@jlai.lu
 
 

le texte aborde les violences conjugales de manière claire mais sans descriptions détaillées ni voyeurisme

Pour certains c'est la colombe blanche
La liberté
Pour moi c'est Rouge Pute
Ma liberté
Du rouge à lèvre, du rouge voyant, du rouge-tu-me-vois ?
Du rouge-c'est-moi

Putain cognait-il si je mettais du rouge
Elle déclenche la violence la féminité
Les insultes l'interrogatoire les brutalités
Rouge sang

Dans ma nouvelle collection je choisis un tube
Rouge Pute
Je dessine mes lèvres, dessine ma vie
Visible
Vivante
Rouge vif

Perrine Le Querrec, dans Rouge Pute

25
 
 

Nous sommes les toutes petites rétines
à trames
sur lesquelles dessinent à peine
laché⋅es dans les rues
pour récolter
expédition
dans le carnet
– Sushi Tacos –
La rue c'est celle qui porte.
Où les pensées accrochent
minuscules cadences,
qu'on déplace,
et qu'on inscrit
– Easy Vape, Maxi Bazar –
des mots
par huitaines
saisir l'essence commando
à découvert
les méthodes incertaines,
deux pieds sur le clos Terre.

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